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Bonjour à tous ! Le blog commence doucement à prendre vie et Romane a pu publier sa première chronique sur  "The Mortal Instru...

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mercredi 23 mars 2016

"Le long périple d'Hakim et Aïcha" - Romane

"Le long périple d'Hakim et Aïcha" - Romane
Partie n°2 


Après un long silence, à attendre sans savoir ce qu'ils devaient faire, Aïcha demanda :
« - Ça va prendre combien de temps pour aller à Nice ?
- Euh.. Je ne sais pas.. »
Un vieil homme qui avait entendu leur conversation, se permit d'intervenir et de répondre à la question de l'enfant :
« - A pied, cela prendra de longs mois. Si vous prenez le bateau, ce sera certainement plus rapide… Une chose est certaine, il nous faudra être courageux et faire très très attention à l’accueil que nous recevrons, qui risque d'être… Violent.
- Des mois ?! s'écria Aïcha qui était resté sur la première phrase.
L'étonnement se lisait sur le visage de la petite fille. L'idée de marcher aussi longtemps lui semblait impossible. Soudain, la foule bougea. Certaines personnes abandonnaient, par peur de mourir.  D'autres semblaient désespérées. Les personnes les plus argentées se dirigèrent vers les côtes, à l'ouest, pour y prendre le bateau tandis qu'un autre groupe composé de femmes et de leurs enfants entamait une longue marche vers le Nord-Ouest. Hakim et sa sœur se joignirent à ce groupe.
Il savait que le chemin serait terriblement dangereux, que chaque pas pourrait leur être fatal. Les terroristes qui devaient surveiller de très près les migrations qu'il y avait dans le pays n'hésiteraient pas à agir violemment.
Souvent, Hakim, qui se levait tôt, retrouvait des corps sans vie sur la place du village… Il fallait effrayer ceux qui seraient tentés de partir. Il devait alors retenir sa colère, réprimer sa tristesse et son dégoût face à ces horribles spectacles et ne pas afficher cette horrible peur qui lui nouait le ventre.
Durant deux semaines, ils marchèrent. Les nuits étaient fraîches et les journées pénibles. Ils s'approchèrent d'Istanbul, qu'ils devaient contourner pour éviter d'être capturés puis emprisonnés. Encore quelques heures de marches et ils attendraient le chemin pour contourner la ville. Soudain, un sanglot déchirant perça le silence.
Tous se retournèrent pour voir d'où provenait ce cri. Une femme pleurait, criait, sanglotait. Elle regardait son enfant, un bébé de quelques mois à peine, dont le bras pendait dans le vide. Tous comprirent. Le bébé était mort. Pendant une demi-heure, la femme resta assise dans la boue, à bercer son enfant décédé et à murmurer des prières tout en pleurant. Personne ne parla, personne ne l'obligea à se lever. Tous s'étaient assis silencieusement à même le sol pour attendre et avaient partagé sa douleur dans le plus grand silence. Enfin, elle se leva, regarda les autres migrants avec un regard humide puis commença à marcher, serrant son bébé.
Hakim et Aïcha se levèrent comme tous les autres et suivirent la femme. Certains avaient tenté de lui enlever son enfant des bras en disant qu'elle allait s’encombrer et fatiguer. Mais chacun avait eu le droit à un regard meurtrier de la part de la mère, comme si leurs paroles étaient maudites.

Un mois qu'ils marchaient. Aïcha s'était souvent effondrée de fatigue ainsi que de nombreuses personnes, principalement des enfants. 
La femme au bébé gardait toujours le corps de son enfant contre elle, même la nuit.

"Le long périple d'Hakim et Aïcha" - Romane

"Le long périple d'Hakim et Aïcha" - Romane
(Partie n°1)


- Viens, il faut qu'on s'en aille.
- Déjà ? Je suis fatiguée.
- Il faut qu'on s'en aille, qu'on s'éloigne.
- Oui mais Papa, Maman, où sont-ils ?
- Je ne sais pas. Ils m'ont juste dit qu'il fallait partir loin, très loin. 

Que c'était trop dangereux de rester là. Tout le monde est en train de partir. Il faut qu'on les suive. Ils disent tous qu'arrivés à la frontière ce sera mieux. J'ai promis à Papa qu'il ne t'arrivera rien, que je prendrai soin de toi. Je sais que c'est dur mais nous devons être courageux.

- Qui sont tous ces gens qu'on suit ?
- Je ne sais pas, je sais seulement qu'ils fuient, comme nous. 

La petite Aïcha avait poussé un long bâillement. Sans lui laisser le temps d'enfiler ses chaussures, Hakim, son grand frère, l'avait prise dans ses bras. Il avait emporté un sac qu'il avait rempli avec le peu de vêtements et de nourriture qu'ils possédaient. 

- Attends !
- On n’a pas le temps, les gens partent, nous devons les suivre. 

    Ces mots n'avait pas calmé Aïcha. Celle-ci s'était débattue et avait essayé de poser le pied au sol. L'adolescent avait donc posé sa sœur qui immédiatement, s'était mise à courir en direction de la maison. Quelques dizaines de secondes plus tard, elle en était ressortie avec ses chaussures aux pieds et sa peluche à la main. Elle était arrivée en trottinant vers son grand frère, un petit sourire aux lèvres. Elle ne comprenait sans doute pas le long et dangereux périple qui les attendait. Il faisait nuit. Une nuit noire et effrayante. Le village était entouré d'une épaisse forêt, qu'il faudra traverser silencieusement. Des dizaines de villageois, en famille ou en couple, parfois seul, s'acheminaient silencieusement vers la place de la petite ville. Ils avaient un maigre bagage et la peur se lisait sur leur visage mais presque tous semblaient déterminés à fuir leurs pays. Les deux enfants les suivirent. Quand Aïcha et Hakim arrivèrent sur les pavés de la place, il y avait déjà des dizaines, peut-être même une ou deux centaines de personnes, prêtes à fuir leur pays. 

- Pourquoi il y a autant de gens ? On va où ? demanda Aïcha.
Hakim s’accroupit face à sa sœur.
- Papa et Maman sont partis. Loin. On doit les rejoindre. Ils avaient une occasion inespérée de s'enfuir. Un de leurs amis est venu à la maison cette nuit, m'a tout dit et m'a donné le message de Papa : il me demande de veiller sur toi et de les rejoindre, en France. Il sortit de sa poche un bout de papier où était inscrite l'adresse d'une maison à Nice.
- C'est où ça, Nice ? demanda-t-elle, perplexe.
- C'est en France, répondit Hakim.
- C'est où la France ?
- C'est très loin et il n'y a pas de guerre, expliqua-t-il.
- Oh.. Aïcha s'imaginait, dans un pays sans guerre et sans horreur.

Une question la taraudait :
- Mais.. Et les sangliers ? C'est eux qu'on fuit ?

Hakim sourit tristement. Leur père, pour expliquer la situation critique de leur pays à sa fille, avait employé le mot « sanglier » pour parler des terroristes. Grâce à ce mot, la petite avait très bien compris la situation sans en être affectée. Le garçon ne voulait pas inquiéter sa sœur, c'est pourquoi il lui répondit tout simplement :

- Ne t'inquiètes pas, tout se passera bien. Les sangliers ne nous embêterons pas. Mais oui, ce sont eux que nous fuyons. 

Malgré cette tentative pour la rassurer, Hakim voyait bien que cela ne suffisait pas : Aïcha affichait une mine dubitative.